Un des facteurs important dont il faut tenir compte dans l’analyse de la participation citoyenne en ligne est l’affiliation des participants à des groupes de pression. Je suis tombé sur un article de Bérénice Waty qui parle un peu de leur présence sur le Web, dans le cas particulier du patrimoine. En voici un résumé et quelques réflexions.
Les luttes urbaines pour la protection du patrimoine bâti font jaser depuis longtemps. Les années 1960-1970 furent marquées, à Montréal entre autres, par de grands projets de « modernisation » mus par le désir de faire table rase du passé afin d’entrer de plain-pied dans l’ère du béton et d’un fonctionnalisme désincarné. Plusieurs groupes communautaires ont vu le jour afin de défendre leur environnement et le patrimoine montréalais. Si l’on reconnaît que le patrimoine est le fait de ceux qui le vivent bien plus que celui des experts, il n’est pas étonnant que le citoyen s’organise pour sauvegarder son milieu de vie. À l’ère de l’information, comment ces organisations utilisent-elles Internet pour mener à bien leur défense du patrimoine ?
C’est la question que s’est posée Bérénice Waty, doctorante en anthropologie, dans son article tiré de « Patrimoine et patrimonialisation : du Québec et d’ailleurs« . L’auteure s’est penchée sur quelques cas français pour réaliser son analyse. Comme elle l’explique d’entrée de jeu, aux acteurs traditionnels de la protection du patrimoine (experts, élus, population) se sont greffés des participants qui jouent un rôle de plus en plus important : les journalistes et les associations. Ces dernières, qui nous intéressent particulièrement, utilisent maintenant internet comme outil de connaissance et de propagande, selon les dires de Me. Waty.
Selon elle, les associations se servent du Web à diverses sauces. Il s’agit d’abord d’un moyen d’asseoir l’association, de se présenter aux autres. De là, certaines associations utilisent le Web comme plateforme de discussion afin d’échanger leurs idées et de planifier la contestation. Surtout, les associations y développent la coopération en tissant des liens avec d’autres groupes du même acabit en vue d’échanger de l’information ou de joindre leurs forces.
Cette présence en ligne permet à la fois aux associations d’atténuer l’effet NIMBY (pas dans ma cour) puisque la lutte n’est plus purement locale, mais internationale, et de s’affirmer comme porteuses de compétences et d’une maîtrise des dossiers dans tous ses aspects. Elles s’imposent sur le Web comme références en la matière. Il reste que pour Bérénice Waty, ces « sites Web ne remplacent en rien les actions de terrain entreprises, d’autant plus que les pages des sites s’en nourrissent ».
De plus, la glocalization, cette opposition entre actions locales et enjeux globaux, si elle permet d’aller au-delà du NIMBY, entraîne aussi « la perte de l’argument identitaire en tant que source de mobilisation ». Sur internet, les associations doivent faire correspondre leur message aux visiteurs délocalisés.
Considérant la popularité grandissante des réseaux sociaux comme Facebook, des blogues, des agrégateurs sociaux, du micro-bloguage, ou du microcrédit, on peut se demander si une analyse qui irait au-delà des sites Web de ces organisations ne serait pas plus pertinente. Les groupes communautaires ont en effet bien souvent peu de moyens pour mettre en place des sites efficaces qui permettent une collaboration dans la planification de l’action militante, mais surtout, qui bénéficient d’une visibilité suffisante pour faire effet. Ces acteurs peuvent toutefois miser sur le potentiel « viral » des réseaux sociaux pour propager l’information rapidement et à un plus grand nombre. Potentiellement, il devient possible d’alerter l’opinion publique grâce aux médias alternatifs ou traditionnels selon l’ampleur de la mobilisation.
Il existe de nombreux moyens d’utiliser ces réseaux pour engendrer des changements sociaux, et il fait peu de doute que les organisations de défense du patrimoine en viendront à les utiliser, si ce n’est pas déjà fait. Ce n’est pas autant dans leurs propres sites web que les militants exercent une influence, mais dans la multitude des sites qu’ils investissent.
Max 2:56 on 14 janvier 2009 Permalien
Entièrement d’accord avec toi Olivier. Il ne faut toutefois pas oublier d’y mettre de la volonté car ça ne se fait pas tout seul.
Depuis nhlFR (mars 2004, presque cinq ans déjà) jusqu’à aujourd’hui, j’ai toujours mis les efforts nécessaires pour en venir à un but bien précis, but que j’ai atteint un peu avant le temps (je ne croyais pas y accéder aussi tôt).
Ces milliers de caractères tapés par des doigts bénévoles (pendant une bonne période de temps) jusqu’à aujourd’hui, des milliers de pages de recherches plus tard, j’ai récolté ce que j’ai semé.
Même chose pour vous. Les pod’casques ont fait en sorte que le Sportnographe s’est fait connaître, surtout avec les citations des experts, tout le monde connaît maintenant le Sportno, et beaucoup d’autres vont le découvrir sous peu.
Bons succès à la radio et merci pour la mention
la copine 8:03 on 14 janvier 2009 Permalien
des paroles sages que celles-là…
Emile 10:10 on 14 janvier 2009 Permalien
Excellente comparaison.
Reprenant des propos que je tenais avec Carl en conférence, ça n’est plus le contenu qui est Roi sur le web, mais bien le BON contenu.
Faut croire que pendant ces années de vache maigre, on en a fait du pas pire contenu. Et qui sait? C’est peut-être ça, finalement, le modèle d’affaire sur les internets : nous octroyer le droit, et surtout la possibilité, d’être rétribué pour notre travail mais pas nécessairement comme on pensait au départ.